Food for Thought
Moins de CPF, plus de Sens ?
Avec les deux décrets entrés en vigueur le 26 février 2026, le CPF a basculé dans une logique de plafonnement, avec une participation financière accrue des bénéficiaires et de leurs cofinanceurs, notamment les employeurs.
Désormais, pour les actions sanctionnées par des certifications ou habilitations enregistrées au Répertoire spécifique (RS), la prise en charge est plafonnée à 1 500 €, indépendamment du montant disponible sur le compte du titulaire.
Et si le véritable enjeu n’était pas le CPF, mais la place que nous accordons au développement des compétences ?
La vraie question n’est peut-être pas celle du CPF. La vraie question est celle de la place que nous accordons à la formation dans nos organisations et dans nos parcours professionnels. Tant que la formation sera considérée comme une dépense, elle sera ajustée au gré des contraintes budgétaires. Le jour où elle sera perçue comme un investissement, elle retrouvera toute sa valeur. Et c’est précisément cette conviction qui continue de guider nos choix chez ImpaQt.
Les conséquences de cette réforme sont nombreuses et pourraient profondément transformer l’écosystème de la formation professionnelle.
Pour les entreprises
Le modèle de cofinancement risque de se fragiliser, entraînant une évolution des politiques de formation et des critères de choix des prestataires.
La tentation sera forte de privilégier des dispositifs moins coûteux : formations 100 % e-learning ou, au mieux, parcours blended, quel que soit le sujet traité.
Pour les particuliers
Le risque est d’accentuer les inégalités d’accès à la formation entre ceux qui peuvent financer le reste à charge et ceux qui ne le peuvent pas.
C’est l’un des principes fondateurs du CPF — favoriser l’accès de tous au développement des compétences — qui se trouve aujourd’hui fragilisé.
Pour les entreprises de formation
La baisse potentielle du chiffre d’affaires poussera certains acteurs à réduire leurs coûts, voire à repenser leur offre de formation. Des choix qui pourraient avoir un impact direct sur la qualité et l’efficacité des parcours proposés. Pour certains organismes, les conséquences pourraient également se traduire par des réorganisations et des ajustements d’effectifs.
Pour les certificateurs
La diminution attendue du nombre de candidats pourrait rendre moins rentables certaines certifications, limitant les projets de création ou de renouvellement de certifications existantes.
Une bonne nouvelle malgré tout ?
Nous allons peut-être enfin sortir du discours « CPF = opportunité » pour revenir à une logique plus essentielle : « CPF = utilité ».
Comme le souligne Johann Vidalenc, spécialiste de la formation professionnelle en France :
« Ceux qui vivaient d’effets d’aubaine vont souffrir. Ceux qui travaillent sérieusement leur utilité, leur impact et leur cadre ont une carte à jouer, car le marché risque de très nettement se reconfigurer dans les prochains mois. »
Les enjeux de fond
Au-delà des conséquences immédiates, cette évolution soulève plusieurs questions de fond.
- La formation toujours considérée comme une charge
La formation continue reste encore trop souvent perçue comme un coût plutôt que comme un investissement, aussi bien par l’État que par de nombreuses entreprises.
Pourtant, les enjeux d’employabilité, d’adaptation et de transformation des organisations n’ont jamais été aussi importants.
- La question des outils
Le débat porte souvent sur les formats et les coûts, beaucoup moins sur la pertinence des outils utilisés.
Le digital et l’IA sont des outils puissants. Ils ne doivent pas devenir une finalité. Car si la technologie permet d’accélérer l’accès aux connaissances, le développement des compétences humaines reste indissociable de l’interaction humaine.
- La place du RNCP et du RS
La distinction entre le RNCP (Répertoire national des certifications professionnelles) et le RS (Répertoire spécifique) se renforce, au risque de déséquilibrer deux approches pourtant complémentaires. D’un côté, une logique de qualification métier portée par le RNCP. De l’autre, une logique de développement et d’adaptation des compétences portée par le RS, particulièrement pertinente dans un monde du travail où les métiers évoluent de plus en plus vite.
Chez ImpaQt : une conviction inchangée
Chez ImpaQt, nous avons toujours défendu le principe du co-investissement salarié-employeur et considéré le CPF comme un levier utile pour financer des projets d’évolution professionnelle concrets.
Nous n’avons jamais souhaité intégrer des catalogues de formation standardisés, à l’opposé de notre approche sur mesure de l’accompagnement.
Pas davantage des catalogues CPF dont la logique conduit parfois à répondre à une demande avant même d’avoir identifié le besoin réel qui la sous-tend.
De nombreuses entreprises ont vu dans le CPF une opportunité et l’ont exploitée pleinement. Aujourd’hui, certaines découvrent les limites de ce modèle.
Ces derniers mois, plusieurs interlocuteurs nous ont posé la même question :
« N’est-il pas temps de repenser votre offre de formation ? »
Notre réponse reste la même : non, bien au contraire !
Nous demeurons convaincus que l’accompagnement humain et le présentiel continueront à faire la différence, particulièrement lorsqu’il s’agit de développer les compétences relationnelles, comportementales et de communication.
Nous continuerons donc à proposer des solutions présentielles pour développer les soft skills et les compétences de communication active.
Bien sûr, nous devons nous adapter à ce nouveau contexte. Nous le ferons sans renoncer à nos principes pédagogiques, ceux qui nous permettent d’accompagner nos clients depuis près de 40 ans sur un marché aussi exigeant qu’instable.


