Food for Thought

Nos efforts en apprentissage sont-ils les bons ?

C’est une situation que j’observe souvent chez les apprenants. Ils suivent une formation en anglais de 56 ou 84 heures, écoutent des audios, regardent des films en version originale… et pourtant, parfois, après un certain temps, une frustration apparaît :

« Je fais des efforts, mais je ne vois pas vraiment de progrès. »

Cette frustration est compréhensible. Lorsqu’on investit du temps et de l’énergie dans l’apprentissage d’une langue, on veut voir le résultat de ses efforts. Mais dans certains cas, un élément essentiel manque dans l’équation.

Aujourd’hui, nous avons accès à des outils extraordinaires :

  • traducteurs automatiques pour rédiger des emails
  • sous-titres pour regarder des films
  • applications qui donnent la réponse immédiatement
  • assistants numériques qui reformulent nos phrases

Ces technologies sont utiles. Elles facilitent notre quotidien.

Mais dans l’apprentissage d’une langue, elles peuvent parfois donner une illusion de progrès.

Prenons deux situations très fréquentes :

Un apprenant :

  • utilise un traducteur pour rédiger un email en anglais
  • regarde un film avec des sous-titres.

Dans les deux cas, la tâche est accomplie. Mais le cerveau, lui, n’a pas vraiment appris, parce que l’effort cognitif — celui qui consiste à chercher un mot, reformuler une idée, tolérer une part d’incertitude — a été contourné. Les recherches en psychologie cognitive montrent que l’apprentissage durable repose sur un principe simple : le cerveau consolide ce qui lui coûte. Le chercheur Robert A. Bjork parle de “desirable difficulties” : certaines difficultés dans l’apprentissage renforcent la mémorisation à long terme.

Autrement dit, lorsque nous devons deviner le sens d’une phrase ou reformuler une idée avec un vocabulaire limité, le cerveau crée des connexions beaucoup plus solides. À l’inverse, lorsque la réponse apparaît immédiatement via un traducteur, un sous-titre – ou est donnée par le facilitateur 😉, l’information passe… mais elle ne s’ancre pas.

Ce phénomène ne concerne pas seulement l’apprentissage des langues.

Après des décennies de hausse des scores de QI — phénomène appelé effet Flynn, identifié par James R. Flynn — certaines études montrent aujourd’hui une stagnation, voire un recul des performances cognitives dans plusieurs pays occidentaux. Les causes sont multiples, mais certains chercheurs pointent l’impact d’un environnement où les réponses sont toujours disponibles immédiatement. Nous avons plus d’informations que jamais. Mais nous mobilisons moins souvent nos capacités de réflexion profonde.

La bonne nouvelle, c’est que les progrès arrivent toujours lorsque l’équilibre se rétablit. L’apprentissage redevient alors ce qu’il a toujours été : un processus parfois exigeant, mais profondément transformateur.